études critiques

Yanitza Djuric
[À PROPOS DES COLLAGES]
mars 2017

 

Un premier inventaire de l’œuvre de Hessie révèle que celle-ci se divise en deux volets indépendants : la création sur textile avec broderies et interventions diverses du “cousu”, et les collages. Ces deux volets sont si différents dans leurs substances formelle et spirituelle, que l’on pourrait ici parler de deux pratiques qui sont autant de chapitres indépendants d’une seule œuvre mais dont les points communs sont une même interrogation, un questionnement sur la mémoire et le quotidien, ainsi que l’expression d’une poétique “extirpée” de la vie de tous les jours, faite d’objets près du rebut que Hessie intègre dans ces deux sections de sa création, parfois avec malice et un fond d’impertinence, pour que ces objets puissent constituer les pointillés de sa mémoire, les “petits riens” du temps passé, sublimés par deux pratiques différentes mais ayant en commun leur rigueur et leur subtilité.

Les collages de ma mère, la plupart d’entre eux du moins, m’ont émue aux larmes au fur et à mesure que je les découvrais. Le minimalisme de la composition, l’intégration d’éléments rudéraux, traces modestes mais tangibles du passé, comme des papiers d’emballage ou un peigne cassé, me renvoyaient directement à mes propres souvenirs, ceux d’une enfance hélas perdue, mais belle, si belle ! Devant certaines œuvres, je renonçais à tous regards critiques pour fermer les yeux. Alors, me revenaient certains moments : les cris de ma jeune sœur et de moi-même — protestations dérisoires face au coup de peigne énergique que nous donnait notre mère avant de partir à l’école ; les festins de bonbons avec mon jeune frère, les jours de congés. Et tant d’autres souvenirs…
D’une manière plus générale, la démarche formelle et spirituelle de Hessie dans ses collages dits “biographiques” est troublante pour une raison très simple : son aptitude surnaturelle à fixer un fragment du passé — souvent familial, car Hessie n’aime que très peu parler d’elle et préfère qu’on la devine autrement — avec une extrême économie de moyens (qui la rapproche bien sûr de l’Arte Povera) et beaucoup d’humilité.