{"id":3703,"date":"2014-12-06T18:35:53","date_gmt":"2014-12-06T17:35:53","guid":{"rendered":"http:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/?p=3703"},"modified":"2017-05-31T15:07:03","modified_gmt":"2017-05-31T13:07:03","slug":"entretien-entre-hessie-et-sonia-recasens-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/entretien-entre-hessie-et-sonia-recasens-2014\/","title":{"rendered":"2014 &#8211; \u00ab\u00a0Entretien entre Hessie et Sonia Recasens\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>ENTRETIEN ENTRE HESSIE ET SONIA RECASENS<br \/>\n6 d\u00e9cembre 2014<\/strong><br \/>\nExtrait du catalogue <em>Cosmogonies : Hessie, Kapwani Kiwanga, Myriam Mihindou<\/em>, Paris, Galerie Arnaud Lefebvre, 2015, p. 6 \u00e0 8.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>S.R. : D&rsquo;o\u00f9 vient le pseudonyme Hessie ?<\/p>\n<p>H. : Mon vrai nom est Carmen Lydia Djuric, mais ma m\u00e8re m&rsquo;appelait Hessie, du pr\u00e9nom de sa meilleure amie, une juive allemande.<\/p>\n<p>S.R. : Pourquoi une telle pr\u00e9dilection pour le travail textile?<\/p>\n<p>H. : Parce que le premier besoin de l&rsquo;homme va vers le textile. Se v\u00eatir, se prot\u00e9ger du froid est une des premi\u00e8res n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;homme, un besoin vital, tout comme la nourriture.<\/p>\n<p>S.R. : Le tissu, le v\u00eatement c&rsquo;est un peu la premi\u00e8re maison, comme on dit : habiter un v\u00eatement.<\/p>\n<p>H. : Exactement !<\/p>\n<p>S.R. : Avez-vous pratiqu\u00e9 d&rsquo;autres formes d&rsquo;art ?<\/p>\n<p>H. : \u00c0 New York, je travaillais pour une soci\u00e9t\u00e9 de copies d&rsquo;\u0153uvres. Je produisais des tableaux d&rsquo;art, mais je d\u00e9testais la peinture. Et je n&rsquo;ai plus jamais pratiqu\u00e9 la peinture.<br \/>\nEn France, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec des assiettes cass\u00e9es mais cela m&rsquo;enfermait trop dans l&rsquo;univers f\u00e9minin. Et puis Dado m&rsquo;a emmen\u00e9e visiter la \u00ab\u00a0Maison Picassiette\u00a0\u00bb de l&rsquo;artiste brut Raymond Isidore, qui m&rsquo;a beaucoup impressionn\u00e9e. Je ne pouvais d\u00e9cemment plus travailler avec des assiettes, alors je me suis tourn\u00e9e vers le tissu.<\/p>\n<p>S.R. : \u00cates-vous consciente d&rsquo;avoir contribu\u00e9 \u00e0 la revalorisation des arts textiles dans les ann\u00e9es 1970 avec Milvia Maglione, Pierrette Bloch, Raymonde Arcier&#8230; et gr\u00e2ce au soutien d&rsquo;Aline Dallier? Artistes avec lesquelles vous avez tr\u00e8s souvent expos\u00e9 ?<\/p>\n<p>H. : C&rsquo;est une p\u00e9riode int\u00e9ressante, curieuse, je naviguais de salons en salons et j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Aline Dallier. Nous avons travaill\u00e9 ensemble, et beaucoup \u00e9chang\u00e9 lors de r\u00e9unions. Elle m&rsquo;a pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Milvia Maglione qui m&rsquo;a prise sous son aile, si je puis dire. Et beaucoup d&rsquo;autres artistes se sont mises comme \u00e7a \u00e0 travailler, le textile.<\/p>\n<p>S.R. : C&rsquo;\u00e9tait quel type de salons? Des salons d&rsquo;arts textiles ?<\/p>\n<p>H. : Non des salons d&rsquo;art en g\u00e9n\u00e9ral, comme le Salon des R\u00e9alit\u00e9s Nouvelles, qui pr\u00e9sentait toutes les tendances de l&rsquo;abstraction. Il y avait beaucoup de salons \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>S.R. : Comment \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s les arts textiles \u00e0 cette \u00e9poque justement ?<\/p>\n<p>H. : C&rsquo;\u00e9tait presque inconnu.<\/p>\n<p>S.R. : Pouvez-vous nous parlez de cette \u00e9poque marqu\u00e9e par un certain engagement f\u00e9ministe ?<\/p>\n<p>H. : J&rsquo;ai toujours adh\u00e9r\u00e9 aux id\u00e9es du Mouvement de Lib\u00e9ration des Femmes et j&rsquo;assistais souvent aux meetings organis\u00e9s par le mouvement.<\/p>\n<p>S.R. : Vous \u00e9tiez donc tr\u00e8s engag\u00e9e ?<\/p>\n<p>H. :Oui, beaucoup !<\/p>\n<p>S.R. : Aviez-vous gard\u00e9 des relations avec Milvia Maglione, Nil Yalter, Aline Dallier&#8230;?<\/p>\n<p>H. : Oui bien s\u00fbr, avec Milvia jusqu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s en 2008. J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s proche de Nil Yalter aussi, mais je ne suis plus en contact avec elle depuis un certain temps.<\/p>\n<p>S.R. : C&rsquo;\u00e9tait une p\u00e9riode de solidarit\u00e9 entre artistes, entre femmes?<\/p>\n<p>H. : Oui, sous la houlette d&rsquo;Aline Dallier qui organisait de nombreuses expositions \u00e0 Paris et New York.<\/p>\n<p>S.R. : Comment s&rsquo;est organis\u00e9e l&rsquo;exposition \u00ab\u00a0Survival Art\u00a0\u00bb en 1975 \u00e0 l&rsquo;ARC ?<\/p>\n<p>H. : Suzanne Pag\u00e9, qui venait d&rsquo;\u00eatre nomm\u00e9e \u00e0 la direction de l&rsquo;ARC, a visit\u00e9 mon atelier et a d\u00e9cid\u00e9 de m&rsquo;exposer.<\/p>\n<p>S.R. : Vous avez \u00e9galement expos\u00e9 \u00e0 la Konsthall de Lund, en Su\u00e8de ?<\/p>\n<p>H. : Oui ! L\u00e0 aussi c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;invitation d&rsquo;une femme, Marianne Nanne-Br<span class=\"st\">\u00e5<\/span>hammar. Elle est venue \u00e0 la maison pour voir Dado, mais comme il \u00e9tait absent, je lui ai propos\u00e9e de visiter mon atelier en attendant qu&rsquo;il revienne. Elle a alors propos\u00e9 d&rsquo;organiser une exposition en m\u00eame temps que Dado. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas une bonne id\u00e9e. M\u00eame si nous \u00e9tions \u00e0 des \u00e9tages diff\u00e9rents dans le mus\u00e9e, il y a toujours une tendance \u00e0 pousser plut\u00f4t l&rsquo;un ou l&rsquo;autre. Mais c&rsquo;\u00e9tait une exp\u00e9rience, un test, dont la le\u00e7on ne fut pas \u00e0 reproduire.<\/p>\n<p>S.R. : Vous travaillez essentiellement avec des mat\u00e9riaux simples, du quotidien (tissus, boutons, aiguilles, papiers&#8230;). Pourquoi une telle pr\u00e9dilection pour des mat\u00e9riaux aussi modestes ?<\/p>\n<p>H. : Ce sont les premiers \u00e9l\u00e9ments, voire des \u00e9l\u00e9ments de survie plus ou moins. Ce sont des objets du quotidien, traditionnels que j&rsquo;associe \u00e0 une certaine modernit\u00e9 dans mon travail.<\/p>\n<p>S.R. : Pouvez-vous me d\u00e9crire votre fa\u00e7on de travailler, votre processus de cr\u00e9ation ?<\/p>\n<p>H. : Le matin; je suis de tr\u00e8s mauvaise humeur. J&rsquo;ai besoin d&rsquo;\u00eatre pleinement concentr\u00e9e sur ce que je fais, d&rsquo;\u00eatre tranquille dans ma bulle.<\/p>\n<p>S.R. : Quand vous commencez une pi\u00e8ce, vous avez d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e pr\u00e9cise de ce que vous voulez faire ?<\/p>\n<p>H. : Non, l&rsquo;inspiration vient en cr\u00e9ant, au fur et \u00e0 mesure.<\/p>\n<p>S.R. : Vous ne fa\u00eetes aucun dessin pr\u00e9paratoire ?<\/p>\n<p>H. : Non, je ne sais pas dessiner. C&rsquo;est mon grand malheur !<\/p>\n<p>S.R. : C&rsquo;est un peu un regret pour vous de ne pas savoir dessiner ?<\/p>\n<p>H. : Oui c&rsquo;est un regret parce que mon mari dessinait tr\u00e8s bien. Mais, moi je n&rsquo;ai jamais appris.<\/p>\n<p>S.R. : Mais quelque part vous dessinez avec du fil et une aiguille&#8230;<\/p>\n<p>H. : Peut-\u00eatre oui&#8230;<\/p>\n<p>S.R. : Votre \u0153uvre s&rsquo;inscrit dans une temporalit\u00e9 particuli\u00e8re marqu\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;un m\u00eame motif, d&rsquo;un m\u00eame geste&#8230; Cette temporalit\u00e9 est-elle importante dans votre travail ?<\/p>\n<p>H. : C&rsquo;est vrai que le temps permet de laisser les pens\u00e9es voyager. Et puis, si je recherchais la vitesse, j&rsquo;utiliserais une machine \u00e0 coudre.<\/p>\n<p>S.R. : Parmi les leitmotive qui reviennent dans vos \u0153uvres, il y a l&rsquo;\u00e9criture, l&rsquo;alphabet que l&rsquo;on retrouve dans diff\u00e9rentes s\u00e9ries comme \u00c9critures, B\u00e2tons p\u00e9dagogiques. Pouvez-vous m&rsquo;en dire plus sur votre int\u00e9r\u00eat pour les formes d&rsquo;\u00e9criture ?<\/p>\n<p>H. : J&rsquo;ai toujours voulu donner des cours d&rsquo;alphab\u00e9tisation, mais vivant l\u00e0 o\u00f9 je vis, \u00e7a n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 possible.<\/p>\n<p>S.R. : Vous cr\u00e9ez alors votre propre alphabet, votre propre langage dont vous avez la clef !<\/p>\n<p>H. : (rires) Oui !!<\/p>\n<p>S.R. : Vous continuez de pratiquer ?<\/p>\n<p>H. : Oui je continue, mais je fais autre chose. Je travaille avec et autour de mes fausses jambes, je veux faire une s\u00e9rie de jambes, parce que pour moi c&rsquo;est une r\u00e9alit\u00e9 (1).<\/p>\n<p>S.R. : Votre travail reste ancr\u00e9 dans un quotidien, dans votre vie, votre intimit\u00e9.<\/p>\n<p>H. : Exactement !<\/p>\n<p>S.R. : Il y a un fil rouge qui relie votre travail \u00e0 ceux de Myriam Mihindou et Kapwani Kiwanga, c&rsquo;est celui du soin, de la protection, de la survie. En r\u00e9cup\u00e9rant des objets devenus obsol\u00e8tes, comme les boutons, les papiers, vous les sauvez d&rsquo;une certaine mort.<\/p>\n<p>H. : Oui ! Par exemple je suis contre l&rsquo;incin\u00e9ration, car elle efface, supprime, \u00e9radique toute trace du corps, du pass\u00e9. Je trouve cela tr\u00e8s violent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(1) Suite \u00e0 un s\u00e9v\u00e8re diab\u00e8te, Hessie a d\u00fb \u00eatre amput\u00e9e des deux jambes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ENTRETIEN ENTRE HESSIE ET SONIA RECASENS 6 d\u00e9cembre 2014 Extrait du catalogue Cosmogonies : Hessie, Kapwani Kiwanga, Myriam Mihindou, Paris, Galerie Arnaud Lefebvre, 2015, p. 6 \u00e0 8. &nbsp; S.R. : D&rsquo;o\u00f9 vient le pseudonyme Hessie ? 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