{"id":1772,"date":"2015-05-01T17:38:37","date_gmt":"2015-05-01T15:38:37","guid":{"rendered":"http:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/?p=1772"},"modified":"2017-05-31T15:16:03","modified_gmt":"2017-05-31T13:16:03","slug":"wilson-sarah-dark-side-of-the-moon-lanti-broderie-de-hessie-mai-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wilson-sarah-dark-side-of-the-moon-lanti-broderie-de-hessie-mai-2015\/","title":{"rendered":"2015 &#8211; Wilson Sarah, \u00ab\u00a0Dark side of the moon : l\u2019anti-broderie de Hessie\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Sarah Wilson<\/strong><br \/>\n<strong>DARK SIDE OF THE MOON : L&rsquo;ANTI-BRODERIE DE HESSIE<br \/>\nmai 2015<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Hessie pour moi est un nom magique\u2008; un nom associ\u00e9 \u00e0 Mythia Kolesar l\u2019artiste tch\u00e8que, fid\u00e8le \u00e9pouse de l\u2019artiste Jean Dewasne, une amie depuis des ann\u00e9es. \u00c0 l\u2019ARC, au Mus\u00e9e d\u2019Art moderne de la Ville de Paris en 1975, o\u00f9 Hessie montre son <em>Survival Art<\/em>, Mythia l\u2019accompagne avec son film <em>Transperce<\/em>, montr\u00e9 ensuite \u00e0 Lund o\u00f9 l\u2019exposition voyage en 1978. Imaginez ma surprise quand, \u00e0 \u00ab elles@centrepompidou \u00bb, j\u2019ai d\u00e9couvert dans des espaces entre des vastes salles de vid\u00e9o et les photos de chewing-gum d\u2019Alina Szapoczniknow, une petite toile cousue en spirales bleues\u00a0: \u00ab Hessie, <em>sans titre<\/em>, 1978 \u00bb\u2026 Enfin ! \u00c0 la poursuite du film, j\u2019ai pris contact en 2010 avec Amarante Szidon (nous avons travaill\u00e9 ensemble pour \u00ab Traces du Sacr\u00e9 \u00bb au Centre Pompidou). J\u2019ai d\u00e9couvert que Hessie \u00e9tait la femme du peintre yougoslave Dado et Amarante sa fille; que le film existe, et bien qu\u2019ab\u00eem\u00e9, on peut y voir Hessie, d\u00e9clamant un texte en anglais\u2026 <em>Fast forward:<\/em> et au Centre Pompidou on remit \u00e0 Mythia l\u2019ordre des Arts et des Lettres le 15 mai 2013 (elle a pu, en d\u00e9pit de sa fragilit\u00e9, bien placer dans les collections et mus\u00e9es fran\u00e7ais les \u0153uvres de son \u00e9poux). Je suis l\u00e0. Et arrivant en chaise roulante, souriante, noire, majestueuse, une femme que je devine imm\u00e9diatement \u00eatre Hessie ! Agenouill\u00e9e, je me pr\u00e9sente, tr\u00e8s \u00e9mue.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais si heureuse ensuite de revoir Hessie en bonne compagnie de Kapwani Kiwanga et Myriam Mihindou, dans l\u2019exposition et catalogue \u00ab Cosmogonies \u00bb, joyeuse id\u00e9e de Sonia Recasens. Nous sommes tous complices dans notre passion pour le travail des femmes dans le Paris des ann\u00e9es 70 : de mieux comprendre le contexte d\u2019une Judit Reigl par exemple \u00e0 la Galerie Rencontres (aventure de Betty Anderson, sa compagne, avec Marcelin Pleynet), d\u2019une Fran\u00e7oise Janicot en performance, son visage\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 occult\u00e9 par les fils (<em>Encoconnage<\/em>, 1972) ou, la m\u00eame ann\u00e9e, la rage des femmes qui vi-sitent le \u00ab 72 &#8211; 72 \u00bb : douze ans d\u2019art contemporain au Grand Palais. Niki de Saint Phalle et Sheila Hicks figurent seules parmi des dizaines d\u2019hommes (dont Dado)\u2026. Pourtant Sheila montre une \u0153uvre tiss\u00e9e, et c\u2019est elle qui me raconte son amiti\u00e9 avec Hessie et les complicit\u00e9s et rencontres de l\u2019\u00e9poque : ses souvenirs du salon de Claude de Muzac et son mari, Guy de Broglie, Place des Vosges, domin\u00e9 par une grande peinture de Dado : <em>Hessie is an old friend\u2026 She was taken to the dark side of the moon via her life, her destiny\u2026 He (Dado) was already there \u2014 what I find fascinating is that she is a survivor<\/em>\u2026 Les souvenirs de son enfance mont\u00e9n\u00e9grine, les horreurs et les odeurs de la guerre hantent depuis toujours les peintures, les dessins, les gravures de Dado; une amiti\u00e9 avec Bernard Requichot rencontr\u00e9 chez Daniel Cordier (avant le suicide tragique de l\u2019artiste) renforce un go\u00fbt pour le macabre. Un film de l\u2019\u00e9poque montre Dado \u00e0 H\u00e9rouval dans la belle maison o\u00f9 il vivait avec Hessie et leurs enfants : l\u2019atelier avec un bricolage de cr\u00e2ne humain et d\u2019os\u2026 puis sa nouvelle galerie chez Andr\u00e9-Fran\u00e7ois Petit \u00e0 Paris o\u00f9 il se trouve en bonne compagnie de tous les surr\u00e9alistes de l\u2019\u00e9poque (ils se ressemblent beaucoup\u2026).<br \/>\nIl n\u2019y a aucune trace de Hessie dans ce film.<\/p>\n<p>\u00ab Je d\u00e9testais la peinture. Et je n\u2019ai plus jamais pratiqu\u00e9 la peinture \u00bb, raconte-t-elle \u00e0 Sonia Recasens, se souvenant de son exp\u00e9rience newyorkaise comme copiste. Quelle ironie de vivre entour\u00e9e de la peinture \u00e0 l\u2019huile avec des surfaces et d\u00e9calcomanies si lourdes\u2026 Son travail avec les trames fr\u00eales, les points perc\u00e9s et aigus, sur tissu ou sur papier, touchait \u00e0 l\u2019\u00e9poque un nouveau monde de discours, d\u2019\u00e9criture f\u00e9minine, de complicit\u00e9s et explorations entre femmes de \u00ab l\u2019autre du sexe \u00bb de Julia Kristeva. L\u2019interview de la philosophe suit le grand article d\u2019Aline Dallier, \u00ab La broderie et l\u2019anti-broderie \u00bb dans la revue <em>Sorci\u00e8res<\/em>, \u00e0 propos de la salle \u00ab Couture-Peinture \u00bb dans la troisi\u00e8me exposition \u00ab Feminie \u00bb \u00e0 UNESCO, en d\u00e9cembre 1977. Aline Dallier esquisse toute une famille \u00ab d\u2019anti-brodeuses \u00bb : Aline Gagnaire, Harmonie Hammond, Jeanne Socquet, Emily Fuller, Linde, Alma ; elle nous rappelle que \u00ab la broderie est avant tout un dur travail d\u2019application encore sous-pay\u00e9 aujourd\u2019hui \u00bb ; elle cite Luce Irigiray : \u00ab Si les femmes ne faisaient pas de la tapisserie, l\u2019ordre s\u2019effilocherait \u00bb\u2026 Kristeva, quelques pages plus loin, parle de l\u2019identit\u00e9, des artistes femmes et m\u00e8res : \u00ab il y a peut-\u00eatre dans la cr\u00e9ation f\u00e9minine une fa\u00e7on de se d\u00e9faire de cette parano\u00efa f\u00e9minine et de lui faire accoucher d\u2019un objet qui est l\u2019\u0153uvre d\u2019art \u00bb&#8230; Et quand une certaine \u00ab Cosette \u00bb nous offre un compte-rendu du \u00ab sujet en proc\u00e8s \u00bb dans <em>Polylogue<\/em> de Kristeva, elle donne, je propose, l\u2019\u00e9quivalent en paroles de l\u2019antibroderie de Hessie, qui crie\/cr\u00e9e en silence, contre tout, surtout la peinture et ses \u00ab repr\u00e9sentations \u00bb : \u00abDans ce proc\u00e8s, le sujet unitaire d\u00e9couvert par la psychanalyse va dinguer, ailleurs, affol\u00e9, emportant avec lui ses mots et sa syntaxe : c\u2019est le grand d\u00e9m\u00e9nagement, mauvaise route pour cervelles fragiles\u2026 C\u2019est la place faite \u00e0 la glossolalie, aux ph\u00e9nom\u00e8nes non s\u00e9mantis\u00e9s, aux \u201c\u00e9ructations\u201d d\u2019Artaud, au rythme, au paragramme, \u00e0 l\u2019onomatop\u00e9e, aux discours fous, \u00e0 la po\u00e9sie.\u00bb<\/p>\n<p>En contraste avec les \u00ab bonnes brodeuses \u00bb il y a les morceaux d\u2019\u00e9toffe, les toiles cousues avec fureur de Jeanne Tripier, par exemple. Ses \u0153uvres dans la collection de l\u2019art brut \u00e0 Lausanne nous rappellent la longue histoire de l\u2019\u00ab anti-broderie \u00bb. On peut y situer, donc, les \u0153uvres d\u00e9licates de Hessie : <em>V\u00e9g\u00e9tale<\/em>, par exemple, o\u00f9 les squelettes roses des feuilles de capucine ressemblent aux fant\u00f4mes des vieux parapluies. On sent l\u2019\u00e9motion, la composition, la dur\u00e9e de faire, le danger de se percer quand on perce la toile\u2026 la syntaxe \u00ab d\u00e9cousue \u00bb \u2014 surtout <em>l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em> d\u2019une couture o\u00f9 le <em>heimlich<\/em>, li\u00e9 au <em>home\u2019<\/em>, \u00e0 la maison, rencontre son double, le <em>unheimlich<\/em>, le monstrueux qui habite la maison m\u00eame, la possibilit\u00e9 de d\u00e9chirures, de n\u0153uds, le <em>uncanny<\/em>, li\u00e9 avec <em>kin<\/em> (famille) et <em>kind\/unkind<\/em>&#8230; les traces et liens de sang. Hessie est un \u00eatre aux langues multiples\u2026 ses \u0153uvres muettes nous parlent fortement, d\u2019ici, de maintenant au grand jour \u2014 mais aussi du \u00ab Survival Art \u00bb, de sa lune noire, sa destin\u00e9e, <em>the dark side of the moon<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014 Sarah Wilson est professeure d\u2019Art moderne et contemporain au Courtauld Institute of Art, Universit\u00e9 de Londres. Elle fut \u00e9galement commissaire de <em>Paris, Capitale des arts, 1900-1968<\/em> (Londres et Bilbao, 2002) et <em>Pierre Klossowski<\/em> (Londres, Cologne, Paris, 2006-7). Son livre le plus r\u00e9cent, <em>Picasso\/Marx et le r\u00e9alisme socialiste en France<\/em> (en anglais, 2013) rend hommage au <em>Proudhon, Marx, Picasso<\/em> de Max Raphael (1933). <em>The Visual World of French Theory : Figurations<\/em> met en jeu les relations entre les philosophes de la \u00ab French Theory \u00bb et \u00ab leurs \u00bb peintres (2010, \u00e9dition fran\u00e7aise \u00e0 para\u00eetre aux Presses du R\u00e9el). Elle a publi\u00e9 des textes sur Sheila Hicks, Niki de Saint Phalle, Judit Reigl, Ruth Francken, Myriam Bat-Josef, Axell, Alina Szapocznikow, Nadia Khodossievitch-L\u00e9ger et Paule V\u00e9zelay entre autres<\/p>\n<p>[Cet article est initialement paru dans le catalogue <em>Hessie : Survival Art 1969-2015<\/em>, Paris, Galerie Arnaud Lefebvre, 2015, p. 37-39.]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sarah Wilson DARK SIDE OF THE MOON : L&rsquo;ANTI-BRODERIE DE HESSIE mai 2015 &nbsp; Hessie pour moi est un nom magique\u2008; un nom associ\u00e9 \u00e0 Mythia Kolesar l\u2019artiste tch\u00e8que, fid\u00e8le \u00e9pouse de l\u2019artiste Jean Dewasne, une amie depuis des ann\u00e9es. \u00c0 l\u2019ARC, au Mus\u00e9e d\u2019Art moderne de la Ville de Paris en 1975, o\u00f9 Hessie [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[55],"tags":[],"class_list":["post-1772","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-etudes-critiques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1772","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1772"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1772\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3767,"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1772\/revisions\/3767"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1772"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1772"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/galeriearnaudlefebvrearchives.com\/hessie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1772"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}